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Llama License (Llama Community License Agreement)

La Llama License est la licence propriétaire custom de Meta pour ses modèles Llama. Elle autorise l’usage commercial gratuit, le fine-tuning et la redistribution, mais impose des restrictions spécifiques : seuil de 700 millions d’utilisateurs actifs mensuels (MAU), obligation de branding « Built with Llama », nommage imposé des modèles dérivés, et restriction géographique pour l’UE sur les modèles multimodaux. Ce n’est pas une licence open source.

Llama License en bref
Nom officiel
Llama 4 Community License Agreement (version actuelle)
Éditeur
Meta Platforms, Inc.
Type
Licence custom, non approuvée OSI
Usage commercial
Oui, gratuit sous conditions
Seuil MAU
700 millions (au-delà : licence Meta requise, à sa discrétion)
Branding
« Built with Llama » obligatoire + nom dérivé commençant par « Llama »
Restriction UE
Modèles multimodaux non disponibles pour les entités domiciliées dans l’UE
Fine-tuning
Autorisé (propriété des dérivés conservée)
Acceptable Use Policy
Obligatoire, activités interdites listées en annexe
Modèles concernés
Llama 4 Scout, Llama 4 Maverick, Llama 3.3, Llama 3.2, Llama 3.1

Pourquoi la Llama License n’est pas open source

Meta qualifie ses modèles Llama d’« open source », mais c’est un abus de langage. L’Open Source Initiative (OSI) a explicitement contesté cette qualification. La Llama License viole plusieurs critères de l’Open Source Definition (OSD) :

  • OSD 5 (pas de discrimination contre des personnes ou groupes) : le seuil de 700M MAU exclut de facto les plus grandes entreprises technologiques
  • OSD 1 (libre redistribution) : la licence est « non-transferable », ce qui pose problème en cas de fusion, acquisition ou cession d’entreprise
  • OSD 8 (pas de restriction à un produit spécifique) : l’obligation de nommer tous les dérivés « Llama [nom] » impose une contrainte de branding inexistante dans les licences open source

Le terme correct est « open weights » ou « source-available ». Les poids du modèle sont téléchargeables et utilisables sous conditions, mais la licence n’accorde pas les libertés d’une véritable licence open source comme Apache 2.0 ou MIT.

Analyse des clauses principales

Section 1.a : Grant of Rights

Meta accorde une licence « non-exclusive, worldwide, non-transferable and royalty-free » pour utiliser, reproduire, distribuer, copier, créer des œuvres dérivées et modifier les Llama Materials. Les droits sont larges : vous pouvez fine-tuner, déployer, intégrer dans un produit commercial, et redistribuer, le tout sans payer de royalties.

Le mot clé est « non-transferable ». Si votre entreprise est acquise, la licence n’est pas automatiquement transférée au nouvel acquéreur. C’est un risque juridique pour les startups qui construisent leur produit autour de Llama et prévoient une sortie par acquisition.

Section 1.b : Obligations de distribution et d’attribution

C’est la section qui distingue le plus la Llama License des licences permissives. Si vous distribuez les Llama Materials (ou un produit qui les contient), vous devez :

  1. Fournir une copie de la licence
  2. Afficher de façon visible « Built with Llama » sur un site web, une interface utilisateur, un article de blog, une page « à propos » ou une documentation produit
  3. Si vous créez un modèle IA dérivé (fine-tuné, distillé, entraîné avec des outputs Llama) et que vous le distribuez, son nom doit commencer par « Llama »
  4. Conserver un fichier « Notice » avec la mention de copyright de Meta dans toute distribution
L’obligation de nommage est plus large qu’on ne le pense La clause couvre non seulement les modèles fine-tunés, mais aussi tout modèle entraîné sur les « outputs ou résultats » de Llama. Si vous utilisez Llama pour générer un dataset synthétique et que vous entraînez un modèle complètement différent sur ce dataset, le modèle résultant doit s’appeler « Llama [votre nom] » s’il est distribué. C’est une forme de copyleft sur la marque, pas sur le code.

Section 2 : Le seuil des 700 millions de MAU

La clause la plus controversée. Si, à la date de publication de la version Llama que vous utilisez, les produits ou services de votre entreprise (ou de ses filiales) dépassent 700 millions d’utilisateurs actifs mensuels, vous devez demander une licence séparée à Meta. Meta peut accorder ou refuser cette licence « à sa seule discrétion ».

Quelques précisions importantes :

Le compteur porte sur l’ensemble de vos produits, pas sur la fonctionnalité IA. Si votre application de messagerie a 800M de MAU et que vous ajoutez une fonctionnalité IA basée sur Llama utilisée par seulement 10M d’utilisateurs, vous avez déjà dépassé le seuil. C’est le MAU total du produit qui compte.

Les filiales sont incluses. Le seuil s’applique au « Licensee, or Licensee’s affiliates ». Un conglomérat dont les différentes filiales totalisent 700M de MAU est concerné, même si aucune filiale individuelle n’atteint ce seuil.

La définition de « MAU » n’est pas précisée. La licence ne définit pas ce qu’est un « monthly active user ». S’agit-il d’utilisateurs uniques, de comptes actifs, de sessions ? Cette ambiguïté est un risque juridique pour les grandes organisations.

En pratique, qui est concerné ? Le seuil de 700M de MAU cible essentiellement les GAFAM et leurs équivalents mondiaux : Google, Apple, Amazon, Microsoft, ByteDance, Tencent, Samsung, etc. Pour 99,99 % des entreprises et des startups, ce seuil est purement théorique. Mais si vous êtes un investisseur qui évalue une startup construite sur Llama, ce seuil doit figurer dans votre analyse de risques : que se passe-t-il si un acquéreur potentiel dépasse le seuil ?

Section 5 : Propriété intellectuelle et clause de rétorsion

Deux points importants dans cette section :

Propriété des dérivés. Meta confirme que vous êtes propriétaire de vos œuvres dérivées et modifications. Si vous fine-tunez Llama avec vos données propriétaires, le modèle résultant vous appartient. C’est un avantage concret par rapport aux API propriétaires où vos données enrichissent le modèle de l’éditeur sans que vous ne possédiez rien.

Clause de rétorsion PI. Si vous intentez une action en justice contre Meta alléguant que les Llama Materials ou leurs outputs constituent une violation de propriété intellectuelle, tous vos droits sous la licence sont automatiquement révoqués. C’est similaire à la clause de rétorsion brevets d’Apache 2.0, mais plus large : elle couvre toute la PI, pas seulement les brevets.

Acceptable Use Policy (AUP)

L’utilisation de Llama est conditionnée au respect de la Politique d’Utilisation Acceptable de Meta, incorporée par référence dans la licence. Cette AUP interdit l’utilisation de Llama pour des activités illégales, la désinformation, les discours de haine, le conseil professionnel non autorisé dans des domaines réglementés (droit, médecine, finance), et d’autres usages nuisibles détaillés en annexe.

L’AUP s’applique à tous les utilisateurs de Llama, y compris les utilisateurs de modèles dérivés qui n’ont jamais téléchargé le modèle original directement depuis Meta.

La restriction européenne : un point critique

La Llama 4 Acceptable Use Policy contient une exclusion géographique majeure : les droits sur les modèles multimodaux de Llama 4 ne sont pas accordés aux individus domiciliés dans l’UE ni aux entreprises dont le siège principal est dans l’UE.

Cette restriction résulte du conflit entre Meta et les régulateurs européens sur l’utilisation des données personnelles pour l’entraînement des modèles d’IA. Suite aux plaintes déposées par l’organisation de protection de la vie privée noyb et à l’intervention de la Data Protection Commission irlandaise, Meta a choisi de restreindre l’accès plutôt que de se conformer aux exigences du RGPD.

Impact concret pour les entreprises françaises Si votre entreprise a son siège en France (ou ailleurs dans l’UE), vous ne pouvez pas utiliser les capacités multimodales de Llama 4 (traitement d’images et de vidéos) sous la licence communautaire. Les capacités texte-à-texte restent accessibles. Les entreprises non-UE peuvent distribuer des produits intégrant Llama multimodal dans l’UE, et les employés d’entreprises non-UE domiciliés dans l’UE peuvent travailler avec ces modèles dans le cadre de leur emploi. C’est une asymétrie réglementaire qui pénalise les entreprises européennes.

C’est un argument de poids en faveur de Mistral (français, Apache 2.0, aucune restriction géographique) pour les entreprises européennes qui ont besoin de capacités multimodales open weights.

Comparaison avec les autres licences IA

Critère Llama License Apache 2.0 MIT Gemma License
Approuvée OSI Non Oui Oui Non
Usage commercial Oui (< 700M MAU) Oui, sans restriction Oui, sans restriction Oui, avec conditions
Seuil d’utilisateurs 700M MAU Aucun Aucun Aucun
Branding obligatoire Oui (« Built with Llama ») Non Non Non
Nommage des dérivés Oui (« Llama [nom] ») Non Non Non
Restriction géographique Oui (UE, multimodal) Non Non Non
AUP obligatoire Oui Non Non Oui
Transférabilité Non-transferable Oui Oui Variable
Grant de brevets Non explicite Oui Non Non explicite
Propriété des dérivés Oui (confirmée) Oui Oui Oui (avec conditions)

Le tableau est parlant. La Llama License est nettement plus restrictive qu’Apache 2.0 ou MIT. Ses restrictions ne sont pas rédhibitoires pour la grande majorité des usages, mais elles ajoutent de la complexité juridique et des obligations opérationnelles (branding, nommage) que les licences véritablement permissives n’imposent pas.

Les modèles couverts par la Llama License

Chaque version majeure de Llama a sa propre version de la licence, mais la structure reste identique. Les modèles actuellement disponibles :

Modèle Architecture Paramètres Contexte Licence
Llama 4 Scout MoE (16 experts) 109B total, 17B actifs 10M tokens Llama 4 Community License
Llama 4 Maverick MoE (128 experts) 400B total, 17B actifs 1M tokens Llama 4 Community License
Llama 3.3 70B Dense 70B 128K tokens Llama 3.3 Community License
Llama 3.1 405B Dense 405B 128K tokens Llama 3.1 Community License

Llama 4 Behemoth (le plus grand modèle de la gamme 4) était encore en entraînement lors du lancement de Scout et Maverick en avril 2025.

Implications pratiques pour votre projet

Si vous êtes une startup

La Llama License fonctionne bien pour vous dans la phase de construction. Vous pouvez fine-tuner, déployer, et commercialiser sans payer. Mais intégrez trois éléments dans votre planification :

  1. Le seuil de 700M MAU doit figurer dans votre registre de risques, même s’il semble lointain. Un acquéreur potentiel qui dépasse ce seuil pourrait être bloqué.
  2. La non-transférabilité de la licence complique les scénarios de M&A. Si votre entreprise est rachetée, le nouvel acquéreur doit établir sa propre relation contractuelle avec Meta.
  3. L’obligation de nommage « Llama [nom] » pour les dérivés distribués impacte votre stratégie de marque. Si vous distribuez un modèle fine-tuné, il porte le nom de Meta dans son identité.

Si vous êtes une grande entreprise

Faites vérifier le seuil MAU par votre service juridique en intégrant toutes les filiales et tous les produits, pas seulement l’application qui utilisera Llama. Une plateforme avec 800M de MAU qui ajoute une fonctionnalité IA basée sur Llama a déjà franchi le seuil, même si seuls 5M d’utilisateurs interagissent avec l’IA.

Si vous êtes une entreprise européenne

La restriction UE sur les modèles multimodaux Llama 4 est un facteur bloquant pour les cas d’usage impliquant le traitement d’images ou de vidéos. Pour ces cas, orientez-vous vers Mistral (Apache 2.0, pas de restriction géographique), Qwen (Apache 2.0), ou les modèles GLM (MIT). Pour les usages texte uniquement, Llama reste accessible aux entreprises UE.

Évolution de la licence à travers les versions

Meta a fait évoluer la Llama License à chaque version majeure :

Llama 2 (juillet 2023) : première licence communautaire, seuil de 700M MAU, pas d’obligation de branding.

Llama 3 / 3.1 / 3.2 / 3.3 (2024-2025) : ajout de la restriction UE sur les modèles multimodaux (Llama 3.2), structure globale inchangée.

Llama 4 (avril 2025) : ajout de l’obligation « Built with Llama », de l’obligation de nommage « Llama [nom] » pour les dérivés, et de la licence de marque limitée pour le mot « Llama ». C’est la version la plus restrictive à ce jour.

La tendance est claire : Meta ajoute des restrictions à chaque itération, non pour limiter l’usage, mais pour maximiser la visibilité de la marque Llama dans l’écosystème. Chaque modèle fine-tuné distribué sous le nom « Llama [X] » renforce la reconnaissance de marque de Meta dans l’IA, sans que Meta ne dépense un centime en marketing.

Verdict

La Llama License est un compromis intelligent du point de vue de Meta : elle donne suffisamment de liberté pour créer un écosystème massif autour de Llama, tout en imposant des restrictions qui protègent les intérêts stratégiques de Meta (branding, contrôle des concurrents, conformité réglementaire).

Pour un développeur ou une startup, c’est une licence parfaitement utilisable. Les modèles Llama 4 (Scout à 10M tokens de contexte, Maverick pour les usages lourds) sont performants et la licence ne pose aucun problème pratique pour la plupart des cas d’usage.

Mais ne l’appelez pas « open source ». Et si vous avez le choix entre un modèle comparable sous Apache 2.0 ou MIT et un modèle sous Llama License, la licence permissive offre moins de friction juridique, opérationnelle et stratégique. Pour les entreprises européennes, la restriction multimodale UE est un facteur décisif qui rend les alternatives comme Mistral Large 3 (Apache 2.0, origine française, aucune restriction géographique) particulièrement pertinentes.


FAQ

La Llama License est-elle gratuite pour un usage commercial ?

Oui, pour la grande majorité des entreprises. La licence est royalty-free et autorise l’usage commercial, le fine-tuning et la redistribution sans paiement. La seule exception : si votre entreprise (et ses filiales) dépasse 700 millions d’utilisateurs actifs mensuels, vous devez demander une licence séparée à Meta, qui peut l’accorder ou la refuser à sa discrétion. En dessous de ce seuil, l’usage est entièrement gratuit, mais vous devez respecter les obligations de branding et l’Acceptable Use Policy.

Peut-on fine-tuner Llama et garder le modèle résultant propriétaire ?

Oui et non. Vous êtes propriétaire de vos œuvres dérivées (la licence le confirme explicitement). Vous pouvez appliquer votre propre licence au modèle fine-tuné. Mais si vous distribuez ce modèle, son nom doit commencer par « Llama », et vous devez afficher « Built with Llama ». Votre licence ne peut pas non plus annuler les obligations que vous avez envers Meta sous la Llama License de base. C’est plus restrictif qu’Apache 2.0 ou MIT, où aucune obligation de branding n’existe.

Une entreprise française peut-elle utiliser Llama 4 ?

Pour les capacités texte-à-texte, oui. Pour les capacités multimodales (traitement d’images et vidéos), non. La Llama 4 Acceptable Use Policy exclut les individus domiciliés dans l’UE et les entreprises dont le siège est dans l’UE de l’utilisation des modèles multimodaux. C’est une conséquence du conflit entre Meta et les régulateurs européens sur la protection des données. Pour les cas d’usage multimodaux, les alternatives européennes comme Mistral (Apache 2.0, aucune restriction) sont recommandées.

Pourquoi dit-on que la Llama License n’est pas open source ?

Parce qu’elle ne respecte pas l’Open Source Definition de l’OSI sur plusieurs critères. Le seuil de 700M MAU discrimine certains groupes (violation OSD 5), la licence est non-transférable (problématique pour OSD 1), et l’obligation de nommage impose des restrictions sur les dérivés (contestable au regard d’OSD 8). Le terme correct est « open weights » ou « source-available ». Les poids sont téléchargeables et utilisables, mais les conditions d’utilisation sont plus restrictives qu’une licence open source.

Que se passe-t-il si ma startup utilisant Llama est rachetée par une entreprise de plus de 700M de MAU ?

C’est un scénario de risque réel. La licence est non-transférable, donc l’acquéreur ne peut pas simplement hériter de votre licence. Si l’acquéreur dépasse le seuil de 700M MAU, il devra négocier une licence commerciale séparée avec Meta, que Meta peut refuser. En pratique, ce risque signifie que votre dépendance à Llama devrait être documentée comme un risque dans tout processus de due diligence M&A. Si l’exit potentiel implique un acquéreur qui dépasse le seuil, prévoyez un plan de migration vers un modèle sous licence permissive (Apache 2.0 ou MIT).

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